Quand elle était petite elle adorait les spectacles de marionnettes.
C'était tellement magique ces petits bonhommes auxquels on donnait vie grâce à des bouts de ficelles. Et, comme tous les autres enfants elle ouvrait grand les yeux pour ne pas perdre une miette du spectacle.
Maintenant elle a grandit et elle a l'impression que c'est elle la marionnette.
Ballottée de-ci de là par les autres elle suit le courant sans résister.
Minuscule poupée de chiffon au milieu d'un océan d'humains elle ne sait pas quoi faire de ses mains.
Elles restent enfermées dans ses poches sans esquisser un seul geste pour bouger. Alors elle se tait, pour ne dire que l'essentiel.
Je la croyais vide, sans aucune volonté .
Je me suis trompée.
Cette petite silhouette recroquevillée sur elle même qui passait son temps à lire des livres paraissait tellement inintéressante que personne ne la remarquait.
Je l'ait aperçue mais il était trop tard. Déjà elle s'en allait emportée par la foule.
Le banc sur lequel elle s'était assise était maintenant vide.
Je me suis assise à sa place et j'ai fermé les yeux.
J'entendais des bribes de conversations, des éclats de rire, de la musique.
Quand j'ai ouvert les yeux le parc était vide, et la nuit tombait.
Peut-être parce que mes yeux étaient fermés, je n'avais pas vu le temps passer.
Une petite voie me disait de rentrer mais je ne pouvais bouger.
J'étais collée à ce banc, espérant qu'elle revienne juste un instant pour parler calmement de tout de rien et surtout d'elle.
J'aurais voulut qu'elle m'apprenne à me taire.
J'aurais voulut savoir dire seulement les choses essentielles et garder les mots inutiles pour moi. J'ai passé toute la nuit, assise et je ne me suis pas rendue compte que je faisais comme elle. Cette fille isolée du reste du monde m'avait appris sans s'en rendre compte à être à l'écoute et surtout à ne pas parler.
J'ai compris que les mots ne servent à rien si ils sont associés n'importe comment.
Ce que j'aime dans les mots c'est qu'il suffit de les changer d'ordre pour que la phrase devienne différente.
Mais il n'y a pas que les mots qui peuvent s'exprimer.
Sans une parole, ni un regard un inconnue m'avait appris à écouter et à voir. Seule son attitude m'avait permis de l'imiter et de comprendre.
Petite silhouette sur le banc, je pense à toi tous les soirs maintenant. ...